On vit une drôle d'époque. La technologie n'a jamais occupé autant de place dans nos conversations, dans nos entreprises, dans nos imaginaires. On parle d'intelligence artificielle, de données, d'automatisation, de transformation numérique avec la ferveur de ceux qui assistent à quelque chose d'immense, presque irréversible, et il faut reconnaître que le mouvement est fascinant : en quelques années, des outils qui semblaient réservés à quelques spécialistes sont devenus accessibles à tous, les machines ont appris à écrire, à raisonner, à générer des images, à analyser des volumes considérables d'informations, et les possibilités paraissent désormais se multiplier plus vite que nous ne sommes capables de les appréhender.
Pourtant, après treize années passées à travailler dans le numérique, à accompagner des organisations de tailles et de cultures très différentes, à passer de la DSI au métier, d'un grand groupe à une structure beaucoup plus petite, d'une startup qui avance au rythme de l'intuition à une entreprise où chaque décision doit composer avec des dizaines de contraintes, je reste frappé par une chose assez simple : dans les projets que j'ai rencontrés, le plus difficile n'a presque jamais été de faire fonctionner la technologie.
"Ce qui demande du temps, de l'attention et parfois beaucoup de patience, c'est tout ce qui se passe avant."
C'est parvenir à comprendre ce que chacun met derrière un même mot, faire émerger un besoin qui n'a pas encore trouvé sa bonne formulation, réconcilier une ambition métier avec les réalités techniques, remettre un peu d'ordre dans un projet qui s'est progressivement chargé de demandes, d'attentes et de compromis, ou simplement créer les conditions pour que des personnes qui travaillent pourtant dans la même entreprise puissent réellement se comprendre.
J'ai souvent eu le sentiment que les projets numériques se jouaient dans cet espace invisible qui sépare l'idée de sa réalisation. Un endroit où les mots peuvent changer de sens sans que personne ne s'en aperçoive, où une demande apparemment limpide se révèle plus complexe dès qu'on commence à la regarder de près, où l'on découvre parfois, après plusieurs semaines de travail, que l'on était en train de construire une réponse avant d'avoir suffisamment pris le temps de définir la question.
"C'est cet espace qui m'intéresse. Parce qu'il est profondément humain."
Quinze années à travailler autour du produit et à accompagner des DSI, du grand groupe à la startup. Avec le temps, j'en ai retenu une conviction simple : la technologie est rarement le véritable problème.
Un métier parle avec son expérience du terrain, avec ses habitudes, ses contraintes, ses clients, avec cette connaissance intime de ce qui fonctionne et de ce qui agace au quotidien, mais cette connaissance-là est rarement formulée dans le langage d'un système d'information. De l'autre côté, la DSI porte d'autres préoccupations : la sécurité, l'architecture, la fiabilité, la dette technique, la maintenabilité, les coûts, les dépendances, tout ce qui devient soudain très concret dès qu'un prototype sort de son environnement de démonstration pour entrer dans la vraie vie. Entre les deux, il faut traduire, arbitrer, expliquer, écouter, parfois ralentir un peu pour pouvoir finalement aller beaucoup plus vite.
"C'est probablement là que mon expérience a pris tout son sens."
J'ai travaillé des deux côtés, avec ceux qui expriment les besoins et avec ceux qui doivent leur donner une forme concrète. J'ai connu les grandes organisations, leurs forces considérables et leur capacité à rendre chaque changement un peu plus complexe qu'il ne semblait au départ ; j'ai connu aussi des structures plus petites, où l'on dispose de moins de moyens mais où chaque décision a un impact immédiat, où l'on doit choisir avec soin ce que l'on construit et surtout ce que l'on décide de ne pas construire. J'ai vu des équipes produit chercher leur direction, des entreprises essayer de structurer leur usage de la donnée, des organisations s'interroger sur l'intelligence artificielle sans toujours savoir ce qu'elles pouvaient raisonnablement en attendre.
Et, au fil du temps, j'ai compris que les enjeux étaient souvent moins techniques qu'on ne le pensait. Aujourd'hui, une entreprise peut intégrer des outils d'IA en quelques jours. Elle peut automatiser une tâche, connecter un modèle, enrichir un processus, produire un premier prototype presque avant même que les équipes aient eu le temps de réfléchir à la suite. Ce qui est beaucoup plus difficile, en revanche, c'est de savoir pourquoi on le fait, pour qui, dans quel but, avec quelles conséquences, et comment cette nouvelle technologie va réellement trouver sa place dans le quotidien de ceux qui vont devoir s'en servir.
Une innovation n'entre jamais seule dans une entreprise. Elle arrive avec de nouvelles habitudes à prendre, des réflexes à changer, des craintes parfois difficiles à exprimer, de nouvelles responsabilités, de nouvelles façons de collaborer et, derrière tout cela, des personnes qui doivent comprendre ce que l'on attend d'elles. C'est pour cette raison que je me méfie un peu des transformations qui commencent par l'outil. Elles donnent souvent l'impression d'avancer très vite, alors qu'elles passent parfois à côté de l'essentiel.
"Il faut parfois commencer autrement. Par une conversation. Par une écoute attentive. Par quelques questions bien posées. Par le temps nécessaire pour comprendre ce qui se joue réellement derrière une demande."
"C'est de cette conviction qu'est né Focus Digital."
Je n'avais pas envie de créer un studio qui arrive avec une solution toute faite et cherche ensuite à lui trouver un problème à résoudre. J'avais plutôt envie de proposer l'inverse : partir de la réalité de l'entreprise, de ses équipes, de ses enjeux, puis déterminer avec elles ce que la technologie peut apporter de pertinent, de réaliste et de durable. Il ne s'agit pas de choisir entre l'humain et la machine, encore moins de ralentir l'un au profit de l'autre, mais de remettre chacun à sa juste place.
"La technologie est un levier extraordinaire lorsque l'on sait ce que l'on cherche à déplacer."
Mon travail consiste donc à accompagner les organisations sur ce terrain-là : structurer une gouvernance, donner un cadre à un projet Data ou IA, faire avancer une transformation qui s'est enlisée, aider une équipe produit à retrouver de la cohérence, transformer une intuition en problème clair puis en projet capable de trouver sa place dans le réel.
"Cela demande de comprendre la technologie, bien sûr. Mais cela demande surtout de comprendre les gens qui devront vivre avec elle."
C'est particulièrement vrai pour les startups et les PME, auxquelles je souhaite aujourd'hui consacrer une part importante de mon énergie. Elles ont souvent moins de temps, moins de ressources et moins de droit à l'erreur que les grandes organisations, alors même qu'elles doivent prendre à bras-le-corps les mêmes bouleversements : faire évoluer leurs produits, mieux exploiter leurs données, intégrer l'IA, automatiser sans déshumaniser, expérimenter sans se disperser. Elles n'ont pas toujours besoin d'un nouveau dispositif complexe ; elles ont souvent besoin de quelqu'un capable de prendre un peu de hauteur, de remettre les sujets dans le bon ordre et de faire le lien entre une ambition et la réalité de son exécution.
"C'est là que je trouve ma place."
Quelque part entre la réflexion et l'action, entre la stratégie et le terrain, entre les personnes qui savent ce qu'elles veulent améliorer et celles qui savent comment le construire. Pas tout à fait consultant, pas simplement chef de projet, pas développeur non plus, mais plutôt un trait d'union entre des mondes qui ont parfois besoin de quelques mots de plus pour parvenir à se parler.
J'aime cette position parce qu'elle oblige à rester curieux, à écouter avant de conclure, à ne jamais considérer qu'un problème est définitivement technique ou définitivement humain. La plupart du temps, il est un peu des deux.
C'est peut-être cela, au fond, que raconte le nom Focus Digital. Un regard sur le numérique, évidemment, mais un regard qui ne s'arrête pas à la technologie. Une attention portée à ce qu'elle permet, à ce qu'elle transforme, à ce qu'elle simplifie, mais aussi à ce qu'elle déplace dans le quotidien d'une équipe, dans les habitudes d'une entreprise et dans la manière dont les personnes travaillent ensemble.
Parce qu'on peut mettre toute l'intelligence du monde dans une machine ; si elle ne rencontre aucune intention, aucun usage, aucun besoin véritable, elle restera une prouesse sans lendemain. Alors j'ai choisi de laisser une place à l'humain dans ce que je construis, comme un rappel discret que derrière chaque donnée se trouve une histoire, derrière chaque processus une personne qui le vit, derrière chaque innovation une décision, et derrière chaque technologie quelqu'un qui, un jour ou l'autre, devra lui donner une direction.
"C'est ce que signifie pour moi « un bout d'homme dans la machine ». Pas une opposition à la technologie, mais une manière de ne jamais oublier qui lui donne un sens."
Parce qu'au fond, malgré tout ce que les machines savent désormais faire, une chose n'a pas changé : ce n'est pas la machine qui fait l'homme. C'est l'homme qui fait la machine.
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